Le diagnostic de performance énergétique (DPE) ne se limite plus à une formalité administrative lors d’une vente ou d’une mise en location. Les données récentes des Notaires de France montrent que l’étiquette énergétique d’un logement modifie directement son prix de transaction, avec des écarts qui se creusent entre les biens performants et les passoires thermiques.
Mesurer l’ampleur de ces écarts et identifier les paramètres qui amplifient ou atténuent l’effet du DPE sur la valeur immobilière : voilà ce que les chiffres permettent d’analyser.
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Décote et plus-value par classe DPE : les écarts chiffrés
La classe D sert de référence sur le marché. Les biens classés au-dessus gagnent en valeur, ceux classés en dessous perdent. Le tableau ci-dessous synthétise les ordres de grandeur constatés à caractéristiques comparables (surface, localisation, typologie).
| Classe DPE | Impact sur le prix (maisons) | Impact sur le prix (appartements) |
|---|---|---|
| A-B | Plus-value de 6 à 14 % | Plus-value de 3 à 16 % |
| C | Légère plus-value | Légère plus-value |
| D | Référence | Référence |
| E | Décote modérée | Décote modérée |
| F-G | Décote de 2 à 18 % | Décote variable selon la zone |
Les maisons individuelles subissent un effet DPE plus marqué que les appartements. La raison est technique : une maison expose davantage de surface aux déperditions thermiques, et le coût des travaux de rénovation énergétique y est généralement plus élevé. L’acheteur intègre cette projection de dépenses dans sa négociation.
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Zones tendues contre zones détendues : le DPE ne pèse pas partout pareil
L’impact de la performance énergétique sur la valeur d’un logement varie fortement selon la tension du marché local. En Île-de-France ou dans les grandes métropoles, la rareté de l’offre absorbe une partie de la pénalité énergétique. Un appartement classé F à Paris se vend moins cher qu’un équivalent classé C, mais la décote reste contenue par la demande.
En revanche, dans les zones moins tendues, les écarts de prix entre classes A-B et classes F-G atteignent 14 à 21 % pour les maisons. L’explication tient au rapport de force : quand l’offre dépasse la demande, l’acheteur dispose d’alternatives et utilise le DPE comme levier de négociation.
Cette asymétrie territoriale signifie qu’un propriétaire en zone rurale ou périurbaine a davantage intérêt à investir dans l’isolation ou le remplacement du système de chauffage avant une mise en vente. Le retour sur investissement des travaux y est proportionnellement plus visible sur le prix final.
Délai de vente et DPE : un facteur de liquidité sous-estimé
Le DPE ne modifie pas seulement le prix. Il affecte aussi la vitesse à laquelle un bien trouve preneur. Plusieurs analyses de marché publiées en 2026 relient les mauvais classements à des délais de commercialisation plus longs et à des négociations plus serrées.
Un logement classé F ou G cumule deux handicaps simultanés :
- L’affichage obligatoire de l’étiquette dans les annonces immobilières filtre les acheteurs dès la recherche en ligne, réduisant le nombre de visites
- Les acquéreurs qui se déplacent malgré tout intègrent le coût estimé des travaux de rénovation dans leur offre, ce qui allonge la phase de négociation
- Les restrictions progressives de location (interdiction des classes G déjà effective, classe F programmée, classe E à partir de 2034) réduisent l’intérêt pour les investisseurs locatifs
Le DPE devient un critère de liquidité du bien, pas seulement de valorisation. Un logement performant se vend plus vite et plus proche du prix affiché.
Le cas spécifique du chauffage électrique
La grille actuelle du DPE évalue différemment les logements selon leur source d’énergie. Une analyse publiée par Le Monde en 2026, à partir des données ouvertes de l’ADEME, souligne que certains logements chauffés à l’électricité sont pénalisés par le mode de calcul, indépendamment de leur consommation réelle.
Ce biais crée un effet de valeur verte asymétrique : deux logements avec une consommation comparable peuvent recevoir des étiquettes différentes selon qu’ils sont chauffés au gaz ou à l’électricité. Pour un propriétaire qui envisage des travaux d’amélioration, cette particularité mérite d’être prise en compte avant d’investir dans un changement de système de chauffage.

Réforme du DPE prévue en 2027 : quels logements vont changer de classe
Une réforme du DPE est annoncée pour 2027 avec une révision de la méthode de calcul. Certains biens aujourd’hui classés F pourraient remonter d’une classe, notamment les petites surfaces et les logements tout électriques, si les coefficients de conversion d’énergie primaire sont ajustés.
Cette perspective modifie le calcul économique des propriétaires. Engager des travaux de rénovation lourds sur un logement susceptible de gagner une classe par simple recalcul réglementaire n’a pas la même rentabilité qu’intervenir sur un bien structurellement énergivore.
- Les logements de petite surface (studios, T2) classés F-G sont les plus susceptibles de bénéficier d’un reclassement
- Les maisons anciennes mal isolées avec de grandes surfaces de déperdition resteront probablement dans les classes basses
- Les biens chauffés à l’électricité pourraient voir leur étiquette réévaluée si le coefficient d’énergie primaire est modifié
Attendre la réforme ou rénover maintenant dépend du type de bien, de sa classe actuelle et de l’horizon de vente envisagé. Pour un logement classé G avec une vente prévue à court terme, l’investissement dans l’isolation reste pertinent quelle que soit l’évolution réglementaire.
Le DPE structure désormais les transactions immobilières autant que la localisation ou la surface. Les propriétaires qui anticipent l’étiquette de leur bien, qu’il s’agisse de planifier des travaux d’amélioration énergétique ou d’attendre un éventuel reclassement réglementaire, se positionnent mieux sur un marché où la consommation d’énergie pèse dans chaque négociation.